Seule la terre, encore plus fort qu’un simple Brokeback Mountain en Angleterre

8/10 : le silence vaut mille mots. Et parfois, la coquille qu’on se construit peut commencer à se fissurer grâce à des émotions…

Une remarque qui m’a traversé l’esprit lors d’une scène du film : « Quand même, au niveau de l’hygiène, ils risquent rien avec de la terre partout comme ça ? »

Cette année dans le circuit indépendant du cinéma britannique, deux films ont énormément fait parler d’eux. Lady Macbeth d’une part (un period drama à la réalisation très académique mais qui donne une puissance à la mise en scène), et d’autre part God’s Own Country aka Seule la terre. Celui-là est sorti en salles la semaine dernière en France, et comme j’avais raté sa sortie UK, j’en ai profité pour aller le voir de passage à Paris. Bref, 3615mylife.

Zéro regret, absolument aucun.

Johnny (Josh O’Connor) représente le mec qui a fini le lycée et qui doit reprendre la ferme familiale, après que l’AVC de son père (Ian Hart ou le professeur Qui-quirell de Harry Potter hihi) l’a rendu dans l’incapacité de la gérer. La grand-mère (Gemma Jones) habite avec eux et s’occupe des tâches ménagères. Le jeune homme se sent prisonnier de sa vie, tous les jours les bêtes, le champ, la clôture, la vente, le coup d’un jour, et les soirs une tournée au bar pour se bourrer la gueule jusqu’à vomir ses tripes le lendemain. C’est là que sa salvation débarque en la forme de Gheorghe (Alec Secareanu), un Roumain qui a perdu sa ferme, qui vient aider pour l’agnelage.

Déjà, aucune idée de ce qu’était l’agnelage en bonne citadine que je suis, mais à part ça, y a pas mal de bons points à retenir de Seule la terre (outre la réalisation de Francis Lee qui signe son premier long-métrage ici) :

  • ça se passe aujourd’hui et ça montre un pan de la société presque invisible, ces fermiers du centre de l’Angleterre. On connait ce monde avec les romans de Thomas Hardy, des sœurs Brontë et leurs adaptations, mais de nos jours, peu ;
  • la vie rurale présentée différemment avec des paysages magnifiques, et c’est une véritable source d’inspiration en ce moment pour les Anglais ;
  • le petit nombre de personnages qui permet vraiment à chacun de se développer, et au spectateur de poser son œil partout ;
  • l’homosexualité n’est jamais un problème en soi, il ne symbolise pas un tabou ou autre ;
  • les agneaux qui forment un bon point à eux tous seuls (et vas-y, le coup du dépeçage et tout, je connaissais pas !)

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Tout au long du film, il y a un mystère qui plane autour de Gheorghe que je serais bien incapable, même après avoir vu le film, de résoudre. Exemple : que met-il dans ses nouilles instantanées ?! Est-ce la poudre aromatique d’accompagnement ? Eh bien sachez qu’il faut mettre la poudre avant l’eau, pas après, mon Dieu !

Là où 120 battements par minute pulsait avec ses scènes dans des clubs et leurs cris militants, Seule la terre avance lentement, dans son monde à part, quelque part où la relation entre Johnny et Gheorghe se construit avec beaucoup de réalisme et de tendresse, ils se découvrent l’un et l’autre. Mais de la même manière, les deux films phares de l’année à thématique LGBT sont très forts et très bruts, ils n’ont pas peur de montrer les choses telles qu’elles sont, et le public les remercie pour ça.

J’ai lu des critiques qui comparait le film à Brokeback Mountain, mais honnêtement, à part le côté vie rurale et Tom à la ferme, les deux n’ont RIEN à voir. Dans leurs vies, dans leurs comportements, dans les dialogues et les plans, strictement aucune similarité.

Voici une belle histoire de vie d’un jeune homme qui s’est un peu perdu en cours de route et qui trouve de l’espoir dans l’arrivée d’un étranger dont il tombe amoureux. Ça peut sembler banal dit comme ça, et pourtant Seule la terre est tout sauf banal.

(P.S. : je voulais juste dire au passage tant qu’on est dans le sujet des films LGBT, que Battle of the Sexes m’avait déçue… j’aurais dû adorer ce film, et finalement j’en suis ressortie qu’avec une appréciation modérée… la raison principale étant que je trouve Emma Stone mal castée pour le rôle, voilà)

Film Stars Don’t Die in Liverpool, mais elles y resplendissent !

8,5/10 : un drame britannique indépendant comme on les aime, avec ce je-ne-sais-quoi indescriptible qui charme le spectateur tellement ça respire l’authenticité et l’amour.

Quand je pense à mon top ciné de l’année, 20th Century Women arrive en très bonne position, et c’est avec une joie non dissimulée que je regarde chaque film avec Annette Bening.

J’ai découvert Film Stars Don’t Die in Liverpool avec des affiches dans le métro londonien et j’étais assez surprise car je n’avais pas du tout entendu parler de cette sortie ni d’Ève ni d’Adam. L’affiche est chouette, le titre est super catchy et bon, Annette Bening (je veux dire, elle est mariée à Warren Beatty quoi, elle était faite pour ce rôle !), Jamie ET Julie Walters (réunion Billy Elliot haha), c’est suffisant pour me convaincre de le choisir comme film de la semaine.

La carrière de Gloria Grahame tire sur sa fin en 1981 alors que l’ancienne star approche des 60 ans. Elle était un visage mémorable des films en noir et blanc durant l’âge d’or hollywoodien, mais depuis que l’industrie se regarde en couleurs, elle ne trouve plus grand-chose sauf des rôles dans des théâtres anglais miteux. Véritable ingénue malgré son âge (eh oui, la peur de la vieillesse est bien là), elle rencontre à Londres son voisin, un jeune Peter Turner de 25 ans.

Basées sur les mémoires de Peter Turner au titre éponyme, les dernières années de Gloria Grahame se révèlent extravagantes et passionnées à l’image de la femme elle-même. Car oui, Gloria Grahame a vraiment existé, et c’est bien elle qu’on voit dans les extraits de ces films dans Films Stars Don’t Die in Liverpool. On voyage de Londres à la côte ouest des États-Unis, on s’attarde bien sûr à Liverpool mais aussi à New York, et les couleurs sont magnifiques.

Je ne sais pas si c’est parce que je suis entourée de Britanniques en ce moment ou si c’est parce que le film se passe à Liverpool, mais y a clairement une sensibilité purement brit dans ce tout joli long-métrage. Des effets de caméra qui rythment bien l’histoire et qui donnent un style affirmé. Par exemple, dans la scène d’ouverture, y avait une tâche sur la lentille de la caméra. Vraiment, ça créait un flare parfois, mais c’était grosso modo juste une tâche en plein milieu qui salissait l’écran. Et là, je me suis dit « la vache, ils avaient vraiment un petit budget » (oui, ça me travaille beaucoup le rapport budget/résultat en ce moment), sauf que c’est revenu à plusieurs reprises, et parfois on voyait carrément un reflet dans la lentille comme si c’était une mise en abyme des persos. D’autres fois, des séquences un peu fantastiques servaient de transitions entre la ligne temporelle du présent et celle du passé, et pareil, super méthode. Le tout rendait vachement bien !

Paul McGuigan n’a pourtant pas réalisé grand-chose d’inoubliable, Docteur Frankenstein récemment, à la rigueur Rencontre à Wicker Park (qui marque l’un des meilleurs rôles de Josh Hartnett de toute sa carrière x’) il y a presque 15 ans, et plusieurs épisodes de Sherlock qui ont dû l’amener à trouver sa signature.

Bref, en plus de la mise en scène, un charme indéniable se dégage de tous les personnages, que ce soit cette « vieille folle en crise existentielle » ou alors ce jeune acteur wannabe très proche de sa mère qui n’a pas sa langue dans la poche. Bien sûr, l’histoire ne se contente pas de raconter la relation improbable entre une actrice en fin de carrière opposée à un nouveau venu, non, ça va plus loin et explore l’idée de profiter de la vie et le sens de l’amour.

Annette Bening est parfaite, tant d’émotions, de fragilité, de classe et de peur dans sa performance. Souvent, en regardant des films avec des acteurs aux longues carrières, je me demande ce que ça leur fait de se voir 10, 20, 30 ans plus jeunes. Je crois que c’est la première fois que je me suis dit en voyant Bening que vieillir n’était peut-être pas si effrayant que ça (même si c’est juste FLIPPANT), alors merci. Et Jamie Bell était très dans la réserve, ça le change, très à l’écoute de l’autre. Il en a fait du chemin depuis le petit Billy Elliot qui cachait mal sa colère ou encore à son violent Abraham de la série TURN à ce rôle de Peter Turner tout vulnérable.

Voilà, c’est un film qui vaut le coup pour tous les amoureux des films en noir et blanc car c’est une belle ode au genre, mais aussi pour ceux qui ne jurent que par les drames britanniques of course.

(P.S. : tout ça c’est bien beau, mais j’ai toujours pas vu Paddington 2 ni La bataille des sexes encore !)