Lettre ouverte à M. Moffat

Et il y a des spoilers de "The Angels Take Manhattan" :').

Très cher M. Moffat, (oui, dans le monde alternatif où il comprend le français hihi)

Depuis la reprise de Doctor Who cette année, je ne suis pas du tout satisfaite, mais alors vraiment pas. Et je parle en mon nom quand je vous dis qu’il faut vous reprendre !

Je me rappelle fin 2007 quand j’ai commencé cette série qu’est Doctor Who (oui, je sais, je ne suis pas une « vraie » fan de la première heure, mais il faut un début à tout) en cours de droit constitutionnel (pour vous donner une idée…), par un épisode de la saison 2. Absolument, le premier épisode même, et j’avais été juste émerveillée par la ville de « New New York ». Et je trouvais que ce « Doctor » et son amie blonde étaient trop mignons ensemble (oui, oui, j’étais une néophyte). Puis en rentrant chez moi ce même jour, j’ai *censuré* la saison 1. Pour la première, je voyais Christopher Eccleston qui m’avait impressionnée par sa grande taille et ses expressions robotisées (pour de vrai) et Billie Piper qui avait vraiment une grande bouche par rapport au reste de son visage. Tout de suite, j’ai accroché à ce monde fantastique, à ces aventures hors de l’espace-temps. Ensuite, saison 2 et là, BOOM. David fucking Tennant. Je suppose que pour de nombreuses personnes, ce fut le coup de foudre immédiat. Je veux dire, qui n’en a pas eu, franchement ? Je ne veux pas être passéiste ou même réactionnaire, loin de moi cette idée, mais dans un monde utopique où le Docteur existerait, il aurait les traits de Tennant… sur le moment du moins.

Puis est arrivé Matt Smith. Matt Smith le renégat, l’imposteur, l’opportuniste, le substitut. Bon, il y a trop de négationnisme dans l’air, je vais me contenter de dire le dernier Docteur (en vérité, je ne l’ai pas détesté autant, mais mon souvenir est parasité par mon sentiment actuel). Je crois que le plus grand défaut que je puisse lui trouver c’est son jeune âge. C’est un bébé. Je ne retrouve pas cette intemporalité du Docteur. Enfin, bref, je ne l’aime pas. Mon instinct me dit qu’il n’est pas authentique… Cependant, j’ai quand même voulu lui donner une chance. Au cours des saisons, ce fut vraiment de pire en pire… alors que durant la 6e je lui ai carrément offert le bénéfice du doute puisque la saison 5 était plutôt bonne à mes yeux (de très bons épisodes, vraiment, empreints d’une certaine douceur même). Mais c’était le début de la fin à partir de la saison 6. Pour être arrivée au point de songer à arrêter Doctor Who (qui fait partie de mes dix séries préférées, sachant que la moitié est composée de séries arrêtées/annulées) pendant la dernière saison, je peux vous dire à quel point je suis déçue… mais on ne peut pas vraiment vous quitter M. Moffat (ni le Docteur et encore moins Rory), quand on garde à l’esprit que vous êtes celui qui a réalisé quatre de mes cinq épisodes préférés de toute cette saga. Seulement, ce dernier épisode, ce dernier « The Angels Take Manhattan », ce « farewell to the Ponds », c’en est trop. J’en ai marre. Je vais me pendre et je vais laisser une lettre de protestation devant cette grotesque plaisanterie en signe de revendication.

J’en ai marre qu’Eleven soit toujours là à faire des simagrées à hurler le nom d’Amy partout en criant des « What’s happening? » et en gesticulant comme un primate. J’en ai jusque là de le voir égoïste et immature tout le temps à agir en gamin capricieux qui n’a pas été capable d’obtenir son jouet dans le bac à sable (oh et c’est pas comme ça que tu te feras des amis). J’en ai ras-le-bol de son côté je-sais-tout sans jamais écouter les autres car de toute façon il a toujours raison. J’en ai plein le dos de son arrogance et de son humour pas drôle auquel il est le seul à réagir. Voilà, le Docteur m’épuise (et en plus, il y aura encore une saison de plus avec lui). Je croyais qu’il était « a good man goes to war », pas « a conflicted man with blurred principles » bon sang ! La volonté de le rendre humain de par ses défauts est admirable, vraiment, mais c’est un SEIGNEUR DU TEMPS, pas un humain ! Je ne veux pas que le Docteur que je montrerai à mes enfants (enfin, ceux que j’aurais eu dans un monde parallèle) soit d’accord pour user de la violence et soit pessimiste comme pas deux ! Non, je veux un être pédagogue qui sera un modèle pour eux et la génération d’après.

Et Amy Pond. Quelle déchéance. La lente agonie vers l’inutilité. Où est la pétillante rouquine qui est apparue comme un souffle de fraîcheur dans la saison 5 ? Celle qui a pu remplacer Donna Noble sans qu’on puisse trop la regretter ? Pourquoi est-elle devenue cette Mlle Je-vous-méprise qui se prétend compagnon du Docteur ? Cette Regardez-moi-car-j’ai-la-classe qui est censée déborder d’amour pour son mari mais qui se fout de sa fille comme d’une guigne ? Pourquoi la « girl who waited » est-elle maintenant une « girl who stayed in stand-by » ? Voilà. Amy a perdu de son intérêt peu à peu. Pas que depuis cette saison 7, déjà vers la fin de la saison 6 elle semblait faire acte de présence pour remplir le quota féminin. La potiche de service en somme. (Et je ne signalerai pas au passage qu’on dirait que Karen Gillian a un peu gonflé du visage dans cette saison.)

Pauvre Rory Williams. Rory qui se retrouve un peu au milieu de ça en bon loser qu’il est. Impossible de le trouver antipathique… De toute façon, c’est toujours ceux en qui on en attend le moins qui nous surprennent le plus. Car il n’y a pas de déception possible avec eux. Introduit comme un personnage secondaire qui servait à solidifier celui d’Amy, il a d’abord réussi à gagner ses galons de compagnon. Puis finalement, la pire chose est arrivée, il a réussi à voler la vedette au Docteur. Comment est-ce concevable ? C’est le Docteur ! Le curateur de l’univers ! Un simple être humain, qui a attendu 2000 ans par amour, de par sa maladresse, son naturel gaffeur, a charmé un public auparavant fidèle au seul Docteur. Même si le jeune Arthur Darvill semble planer la moitié du temps, on lui pardonne, il a rendu tout son sens au mot attachant.

Toutefois, je ne conteste pas le talent de ces trois acteurs principaux. Ils sont doués sans aucun doute. Ils ont juste peut-être trop mis du leur…

Pour en revenir au dernier épisode, je n’ai pas aimé qu’il se passe aux Etats-Unis, je n’ai pas aimé les lunettes d’Amy, je n’ai pas aimé le titre de l’épisode car seuls les Daleks sont à Manhattan d’abord… (nan mais sérieux, un épisode avec des dinos passe encore, un autre au Far West why not, mais maintenant la STATUE DE LA LIBERTE en Ange ??!! Et c’est normal ?! Fucking pathetic! Vous avez vu les posters promos ? Mais au secours !). Qu’est-ce que j’ai aimé au final ? Ah oui, en fait, je crois que la seule scène authentique que j’ai trouvée, c’est celle sur le toit du Winter Quay avec les effets spéciaux hyper cheap (j’en ai ri, j’ai retrouvé l’aspect folklorique anglais de la série). Juste un petit up pour la toute dernière scène dans le TARDIS entre River et le Docteur. Ouais, juste celle-là.

Pourquoi le Docteur n’a à la bouche que le nom d’Amy ? Sa réaction m’a écœurée, il s’en fout de Rory alors ? Pauvre petit Docteur qui va finir tout seul… oui, ça a toujours été l’une de ses craintes, mais de là à ne plus vouloir protéger ses compagnons… (encore cette humanisation qui m’énerve, je suis désolée) Et ce ralenti à la noix lors de la chute de l’immeuble, seriously ?! Pourquoi River Song, pardon Professeur River Song (que j’ai adoré revoir car j’aime beaucoup ce personnage) ne sert strictement à rien dans cet épisode alors qu’elle est là ? Que fait-elle ici d’ailleurs ? On le saura probablement plus tard pour tromper les esprits. Pourquoi le Docteur est-il aussi défaitiste alors qu’il prône qu’il y a toujours une solution ?! Essayez de régler ça bon sang, non Rory n’est pas voué à mourir fatalement ! Mais sortez donc de cette obscurité bordel ! Sourire, ce n’est pas interdit, ça peut même aider. Ce n’est pas cool de ne pas sourire, vous savez ? Ah oui, l’un de mes autres reproches. J’ai vraiment l’impression que la série se veut plus « cool » qu’autre chose ces derniers temps.

Que je sois claire. Ce n’est pas tant la narration ou la réalisation que je critique, car en fait, je trouve que dans l’ensemble, l’épisode est très solide (tout comme les précédents), le coup du livre était bien pensé, les dialogues font toujours mouche, l’utilisation des Anges était la bienvenue (je n’ai aucun problème à voir « recycler » des espèces régulières de la franchise, surtout si elles sont adéquates), mais c’est le scénario global tout simplement. La direction générale que prend cette série m’est totalement incompréhensible. Je suis sûre que vous voyez le « bigger picture »… et quand ce plan sera dévoilé à nous, pauvres téléspectateurs, je serai probablement coi devant tant de génie (car tout prendra sens), mais ce que je vois là, et cela depuis deux saisons, c’est un show qui ne m’attire plus. J’ai l’impression de ne plus aimer l’essence de Doctor Who. Et je vous assure que ce sentiment craint à mort. Car même si la conclusion est excellente, ce goût amer me restera en bouche.

Donc en effet, c’est super triste de voir Rory et Amy partir (franchement, j’en ai pleuré à la fin), MAIS BORDEL QUELLE SORTIE DE MERDE. « Coucou, c’est super, on n’est pas morts en fait ! – Ziiiou disparus. » S’ils trouvent X raison de revenir après, si j’étais Rory, je vous botterai les fesses pour dire « hé mec, t’aurais pu me laisser dire une réplique d’adieu quand même ! ». Le pire départ de toute l’histoire des passagers du TARDIS. Sérieusement, même la mère de Rose a eu droit à une sortie plus digne. Et même leur passage en amoureux n’a pas touché ma corde sensible. Enfin, c’était poignant, mais euh… distant ? Tout l’amour qu’ils se portent ces deux-là a été une très belle histoire ces dernières saisons. Vraiment, un très bel épanouissement, pour finir sur « ça ». A la limite, j’aurais préféré une mort claire et nette. Sans rature, sans « et si ? », sans retour. Définitif. FIN (je crie beaucoup aujourd’hui car c’était vraiment la goutte d’eau qui m’a saoulée…). La boucle est bouclée. Mais non. La voix off d’Amy qui revient pour quelques lignes ridiculement niaises et on espère sincèrement que le Docteur ne l’écoutera pas…

L’épisode de Noël a intérêt à rattraper ce ratage monumental à mes yeux. Ceci est une supplication. Et s’il vous plaît, une régénération prochaine. Après la saison 8, pitié.

Je me rends bien compte que beaucoup ne partagent pas mon avis puisque Doctor Who gagne de plus en plus d’adeptes. Et c’est tant mieux car c’est une série qui le mérite plus que tout. Mais est-ce trop demander que de voir de la joie de vivre à l’écran parfois ? Et pas juste à la sortie du TARDIS (et encore, quand c’est le cas). J’ai envie d’être comme un nouveau-né qui s’extasie, à découvrir de nouveaux mondes et de nouvelles créatures, à voyager avec des étoiles plein les yeux en compagnie des passagers de la cabine téléphonique la plus connue de l’univers qui s’émerveillent en même temps. Je ne veux pas me dire chaque dimanche matin (car bon, désolée de ne pas vouloir regarder en live stream et d’attendre la web-dl le lendemain matin) en démarrant mon épisode « j’espère que l’épisode ne sera pas trop flippant. » Déjà, au changement de générique cette saison, je me suis inquiétée. Rien que la musique semblait plus oppressante (non pas qu’elle soit mauvaise, hein, M. Gold s’en sort toujours très bien, mais c’était juste sinistre). Et en cinq épisodes… il y a juste eu Dinosaurs On A Spaceship qui était drôle et regardable pour des enfants à mon humble avis. Je ne vais pas repartir dans l’éternel débat du tourbillon d’assombrissement que connaît la série, mais il y a une part de vérité. Je ne veux pas que la série mûrisse ou que sais-je encore. Je veux que ce soit du divertissement familial ><.

Sincèrement vôtre,

Une spectatrice qui s’est toujours crue adepte de Doctor Who avant que les derniers épisodes remettent sa foi en cause.